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5 décembre 2007 3 05 /12 /décembre /2007 18:44

Z

 
Assis sur un lit de métal
La tête entre les mains
Le présent qui se décale
Répète les jours anciens
 
Le foyer est mort, presque vide,
Ils ne sont plus nombreux
A porter l’histoire et ses rides.
Tous sont bien trop vieux .
 
Tu te souviens du départ
Des nuits froides sous les ponts
L’air méprisant des regards
Tu n’as jamais eu de maison
 
Tes mains déformées et calleuses
Te rappellent ces millions d’arbres
L’été, le bruit des tronçonneuse
Les soirées tristes et macabres
 
Les dimanches matins au marché
Surtout ne pas se faire remarquer
Marcher la tête baissée
Et vite faire son tiercé
 
Tu te souviens du premier soir
Où tu ne pouvais pas plier les doigts
La forme de la bêche en mémoire
Tes phalanges avaient grossi trois fois
 
Le chef te traitait de bougnoul
Si par malheur tu trébuchais
Il aimait qu’Ahmed se saoule
Pour mieux s’en moquer
 
Vous aviez chacun sa solution
Pour vaincre la haine et la solitude
Toi tu avais pour garder la raison
Uniquement les rituels, les habitudes
 
Et ces lettres de ta femme
Que tu gardais précieusement
Attendant qu’une bonne âme
Te lise les mots de tes enfants
 
Les dimanches matin au marché
Tu acceptais encore de cotiser
Pour que le corps d’Ahmed soit rapatrié
On l’avait retrouvé dans un fossé
 
Par chance, il n’est pas mort noyé
La seine était bien trop loin
Ces corps que l’onde emportait
La haine avait fait leur destin
 
Les forêts, les champs et les routes
Portent les traces de ta sueur
Qui de ces gens sait ce que ça coûte
Et ils t’apportent la peur
 
Et il ne fallait pas sortir le soir
Il fallait toujours avoir l’air triste
Surtout ne pas se tromper de bar
Et supporter les insultes racistes
 
Assis sur un lit en métal
Tu te souviens des rires moqueurs
Qui te reprochaient d’être sale
Au retour de ta journée de labeur
 
Les dimanches matin au marché
Tu achetais des fruits amers
On te toisait comme si tu les volais
ils avaient le goût de ta sueur
 
L’espoir que tes enfants viennent
Te faisait tout supporter
Tu rêvais que ta femme te rejoigne
Pour commencer à exister
 
Tu rêvais de ton dernier sur la photo
Qui devait commencer à marcher
Sans le connaître tu le trouvais beau
Il entrait dans sa troisième année
 
A chaque retour, tu savais mentir
A toute ta petite famille
Arrondir les contours de ta vie de martyr
Pour que leurs yeux brillent
 
Tu donnais ta vie à la France
Tu savais cacher ta peine
Camoufler toutes tes souffrances
Auprès de ceux que tu aimes
 
Les dimanches matin au marché
Il ne fallait pas trop traîner
Vite faire son tiercé
Au risque d’être contrôlé
 
Assis sur le lit de métal
Tu sais que ta vie bientôt s’arrête
Tu entends l’assistant sociale
Te pousser au retour après ta retraite
 
Tes enfants ne sont jamais venus
Les lois ont bien changé
De tous ses accords conclu
Seule la haine est restée.
 
Allover 2007

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Gradiva 06/12/2007 00:06

Un texte riche d'émotions, qui tire des larmes... Je hais le racisme, c'est ma seule réponse à cette sale haine ! Je n'ai pas la sagesse de ce Monsieur, et pourtant j'ai eu droit à l'école... Comme quoi, la sagesse... Encore une fois bravo Allover pour ta belle plume qui révèle ton esprit libre. Bisous.

Allover 07/12/2007 11:35

Merci Gradiva, tu sais ce texte n'est pas né de mon imagination. Ces personnes sont bien réelles et je n'ai rien inventé. Je les ai connus pour avoir partagé leur labeur et leurs conditions de travail pour financer mes études. Plus tard à la fin de mes études, j'ai refusé un emploi où l'on me demandait de faire en sorte qu'elles retournent chez elles "pour leur bien"... Enfin je ne vais pas plus m'étaler sur ma vie...Je te souhaite une très bonne journée. Bises. 

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